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Retour vers le futur

samedi 24 octobre 2015, par FSU89

Fusion des régions

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L’occasion était trop belle de faire, nous aussi, un peu de fiction. Imaginons donc le professeur Ernest Bronne et Martin Maqueflaille, quittant l’année 2015 à bord de leur Volkswagen, véhicule parfaitement adapté au tripatouillage de l’informatique de bord pour voyager dans le temps.

Les voilà donc partant de la petite bourgade de Trouvy, au fin fond de l’Yonne, pour arriver en 2035... Maintenant, on parle de la région Béhefcé (personne n’a pu se mettre d’accord sur un nom moins ridicule). Plus que 50 habitants dans ce bourg, hameau de la communauté de communes, qui, pour atteindre le seuil des 15000 habitants, est grande comme la moitié d’un département.

Enfin, de ce qu’était un département en 2015 quand ils sont partis. Seuls les anciens utilisent encore ce mot tombé en désuetude. Il y a le directeur et les employés de l’unique exploitation agricole qui exploite 2000 vaches. L’actionnaire majoritaire, lui, vit dans une vraie ville, dans une région voisine. Il y a également le barman et puis les familles de tous ces gens-là. Et puis, le gérant de la plantation de 5000 ha d’ananas (et oui, ça s’est réchauffé de plus de 2 degrés). Le proprio, c’est le même que pour les vaches.

Enfin, 50 habitants, c’est surtout le week-end. Parce que la semaine, les enfants sont à l’école dans le bourg central. Et comme c’est à deux heures en car, la plupart sont internes. Et il y a aussi la question du coût des transports, parce que malgré toutes les promesses de 2015, l’état du budget de la région est tel que le transport est tarifé au coût réel. C’est pour ça aussi, les deux heures de route. À cause de l’état des routes. D’ailleurs, Doc se demande bien sur quoi il va faire rouler sa VW assez vite pour pouvoir repartir. Et oui, la région est pauvre.

Quand ON a décidé de faire des grandes régions pour qu’elles soient des puissances économiques, on a surtout lorgné du côté de la Catalogne ou du land de Bade-Württemberg. ON a juste oublié que ça marche parce qu’il y avait déjà une grosse métropole : Barcelone et Stuttgart. ON n’a juste pas fait attention que ça ne correspond pas à la géographie française.

"ON", c’est les gens qui regardent d’en haut parce qu’ils ont fait plein d’études pour se faire formater la tête où qu’ils ont été élu. Ils regardent de haut, mais étroit. C’est le problème des télé-objectifs. Et comme ils prennent tous les vrais gens pour des imbéciles...

La région Béhefcé qui n’avait pas de métropole ni à Dijon, ni à Besançon, a périclité, étouffée par ses voisines : l’Ile de France et la région lyonnaise.

Au nom des compétences étendues, l’égoïsme a fait le reste. Pas question pour les régions riches de partager. Il a donc fallu inventer de nouvelles ressources. Copiée sur la taxe de séjour, il y a maintenant la taxe de circulation que doivent payer tous les non-résidents qui passent par la région. Et qu’on n’y voit pas le retour de l’octroi, cet impôt moyen-âgeux ! Ça n’a rien à voir !

Comme ça ne suffisait pas, on a "optimisé" l’organisation en mutualisant les ressources existantes. Par exemple, pour garder des antennes de services dans les territoires éloignés (comme Trouvy), on a créé des agents polyvalents. Pour Trouvy, c’est l’enseignant de la communauté de communes qui reçoit aussi les chômeurs pour leurs recherches d’emploi. C’est également lui qui assure la "permanence de service public".

Et oui, on ne vous a pas dit : il est apparu assez rapidement qu’il était incohérent, au vu des compétences élargies, que la région ne gère pas l’éducation sur son territoire. Les enseignants sont donc maintenant des fonctionnaires territoriaux.

Un truc bien quand même, c’est la médecine. Comme on n’arrivait vraiment pas à faire venir des médecins dans les maisons de santé là où il y avait des malades, on a fait des maisons de malades là où il y a des médecins. Au moins, quand on est malade, on va en pension au bord de la mer. Plus ou moins près, ça dépend de la mutuelle.

Alors le professeur Ernest Bronne et Martin, ça les a un peu chamboulé quand même, de voir ce qu’était devenu leur Trouvy. Peut-être qu’ils auraient trouvé ça génial dans une des trois régions riches de France, mais là, ils ont décidé de vite repartir. Alors ils se sont faufilé sur le tarmac de la piste privée de la grande ferme aux 2000 vaches, la nuit, parce que c’est le seul endroit où on peut rouler vite sans tout casser, et ils sont vite rentrés. Et maintenant, en octobre 2015, ils disent aux gens de faire gaffe à dans trois mois.

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